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TOURNOIS - Des mains qui tiennent

Retour sur l’Event #52 des derniers WSOP. Un tournoi de Hold’em mixte qui a permis a Matt Matros de remporter son second bracelet en deux ans.
Comme tous les joueurs inscrits à ce tournoi de Hold’em mixte, combinant du limit et du no-limit, j’ai commencé avec 7 500 en jetons. Très vite, je me suis retrouvé à 625, et n’ai dû ma survie qu’à un 2-outer miraculeux qui m’a permis de repasser à 3 900. Peu après, j’ai pu gagner un autre showdown et me retrouver enfin avec un tapis raisonnable. Et, pour couronner le tout, j’ai doublé peu après avec une main hauteur Valet.
En no-limit, j’ai ouvert d’une petite relance en milieu de parole avec J♥-9♥. J’ai été suivi par le joueur au cutoff. Sur le flop A♥-2♥-2, j’ai enchaîné avec un continuation-bet. Mon adversaire a alors surrelancé. Je me suis dit qu’il n’y avait pas beaucoup de mains avec lesquelles il aurait pu effectuer une mise de valorisation : j’ai donc décidé de faire tapis. Après un instant de réflexion, il a suivi, ce qui n’augurait rien de bon.
J’ai été particulièrement soulagé quand il a montré 5♥-4♥ ! J’étais favori à presque 2/1, et je l’ai remporté sans même toucher une paire. Coup de chance ! J’ai terminé le Jour 1 avec 24 400, un tapis légèrement inférieur à la moyenne.
DIX MINUTES DE RETARD
En huit ans de WSOP, jamais je n’avais manqué le début d’un Jour 2. Il faut un commencement à tout… Pris dans les embouteillages, je suis arrivé dix minutes en retard. Et j’ai aussitôt essuyé une punition pour cet affront : les dieux du poker ont accordé à un relanceur au bouton une jolie main : A-Q. Quand j’ai voulu tenter un squeeze contre lui à partir de la grosse blinde avec J-10, il ne s’est pas couché et j’ai perdu.
Je me suis rapidement retrouvé aux confins de la zone rouge. Heureusement, une série de petits pots gagnés m’a permis de remonter à 46 000 avant la première pause. Les choses se sont ensuite calmées jusqu’à tard dans la soirée. Je gagnais quelques pots par ci, en perdais par là, conservant globalement une trajectoire ascendante. Puis, au cours du dernier niveau, j’ai touché la main qui m’a permis de prendre mon envol.
Noah Boeken, grand joueur de no-limit qui, comme moi, joue au poker depuis une dizaine d’années, était assis à ma droite. En position UTG, il ouvre d’une petite relance. Avec une paire de Rois servie, j’effectue un 3-bet. Tout le monde se couche sauf Noah, qui enchaîne avec un 4-bet. Au cours de ce tournoi, j’avais déjà effectué deux 3-bets contre Noah. A chaque fois, il s’était couché. J’étais bien évidemment très satisfait qu’il ait choisi ce moment-là pour résister. J’ai fait tapis et Noah a suivi. Il a montré A-K assortis. Le flop lui a apporté un tirage ventral et le turn un tirage couleur. Je suis parvenu à éviter tous ses outs et j’ai pu doubler sur la rivière pour atteindre environ 590 000 en jetons. A la fin du Jour 2, nous n’étions plus que neuf joueurs en course et j’avais le troisième plus gros tapis.
Passons à la table finale. Je me suis efforcé, au début, d’éviter toute confrontation avec le chipleader, Brandon Meyers, qui jouait de manière hyper agressive. Mais il a bien fallu que nous croisions le fer de temps à autre. Par deux fois j’ai eu A-7 en mains contre lui, par deux fois j’ai effectué des 3-bets, par deux fois il s’est couché. Toujours en limit, ce qui n’est pas un hasard : j’avais suffisamment joué et discuté avec lui pour m’apercevoir qu’il était redoutable en no-limit.
Les choses ont commencé à se compliquer alors que nous n’étions plus que 5 en lice. En limit toujours, de petite blinde avec 8-8 en mains, je surrelance l’ouverture de Brandon et il me suit. Le flop s’ouvre sur A-10-3 avec deux trèfles. Je mise, Brandon relance, je calle. Sur l’A♠ au turn, il effectue un check-calle. Le J♣ tombe à la rivière. Je checke, il mise, je me couche. Brandon a alors la gentillesse de me montrer sa main : A-Q.
CINQ RESTANTS
De retour de pause dîner, j’étais le plus mal des cinq joueurs restants. Sur la première main, j’ai fait tapis en position under the gun avec A-5 dépareillés. Plus tard, j’ai fait deux fois tapis sur des relances de Brandon. A chaque fois, tout le monde s’est couché. Ce qui m’a permis de doubler sans jamais montrer ma main. J’ai ensuite gagné quelques mains en limit qui sont allées jusqu’à l’abattage, ce qui m’a permis de remonter en seconde position. Puis le no-limit est revenu au programme, et c’est à ce moment qu’a eu lieu le coup clé du tournoi.
J’étais de grosse blinde, Matt Hawrilenko a relancé under the gun, Brandon, au bouton, a effectué un 3-bet, et John Lane, de petite blinde, s’est couché. Je n’avais pas encore regardé mes cartes mais j’avais décidé d’aller à tapis avec au moins une paire de 7, A-10 ou K-Q. Paire de Rois ! J’ai poussé tous mes jetons au milieu de la table, Hawrilenko s’est rapidement couché mais Brandon, sachant que mon panel de mains dans cette situation était très large, a instantanément suivi. Il avait une paire de Dames. Mes Rois ont tenu, Brandon a quitté le tournoi. Nous n’étions plus que trois et mon avance en jetons était confortable. Peu après, Hawrilenko, short stack, a fini par rendre les armes.
J’ai débuté le Heads Up final avec un avantage de 4/1 contre John Lane. Pourtant, mon adversaire s’est montré très combattif et il a même repris la tête à un moment, avant que je puisse repasser devant lui. Le dernier coup est arrivé alors que John n’avait plus que 20 blindes devant lui. Du bouton, j’ai ouvert avec A-10 dépareillés et il a fait tapis. J’ai évidemment suivi et il m’a fallu écarquiller grand les yeux quand j’ai vu John abattre J-10. Je le dominais et le tableau Q♥-Q♠-5♠-4♠-4♥ n’y a rien changé.
Ce résultat m’étonne encore. Toucher autant de bonnes mains qui tiennent jusqu’au bout est rare. Je dois faire honneur à cette chance : je m’engage à ne pas me plaindre de quoi que ce soit concernant le poker pendant au moins … deux ans !
Matt Mattros








