MULTITABLING - Trouver le bon équilibre

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Connu sur le net sous le pseudonyme de « brubru007 », Bruno Launais est l’une des figures de proue de la jeune génération, l’un des plus grands espoirs du poker français. Il a commencé à jouer sur le net à l’âge de 19 ans en déposant 50 dollars : ce fut son seul et unique dépôt. Depuis, il n’a cessé de gravir les limites pour enchaîner les succès aussi bien dans les parties de cash game qu’en tournois, qui alimentent son goût pour la compétition. Etudiant en école de commerce, c’est de manière très naturelle qu’il est rapidement devenu un professionnel du poker.

2009 a été pour lui l’année de la révélation, avec notamment une table finale à l’EPT de Deauville et deux beaux résultats au Partouche Poker Tour de Cannes : une place payée au Main Event et une victoire dans un side à 1 500 euros. En raison de ses résultats en live et sur la room online du Groupe Partouche, celui-ci l’a vite intégré dans son Team Pro. Un choix judicieux, car Bruno n’a eu de cesse d’enchaîner les performances, aussi bien en live (lors des WSOP 2010, notamment) que sur le net.  

Souriant, confiant, toujours détendu, Bruno dégage beaucoup de sérénité. Le stress et la pression sont des mots qu’il ne semble pas connaître, ce qui lui permet d’être aussi créatif, agressif et de déstabiliser ses adversaires autour des tables de jeu. Sa tranquillité, il la puise en dehors des tapis de cartes : auprès de sa famille et de ses amis mais en pratiquant aussi des activités sportives et culturelles (musique, cinéma), indispensables à son bien-être.

Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes français de Heads-Up, Bruno Launais est également un expert du jeu multi-tables sur le net. Quatorze tables de cash game en simultanée : qui dit mieux ?! C’est grâce au « multitabling » qu’il s’est forgé une grande expérience et qu’il a monté un très beau bankroll. Les nouveaux adeptes du poker en ligne et les joueurs plus expérimentés ont, ainsi, beaucoup à apprendre de lui. Parcours et explications d’un joueur multi-tables très doué qui ne se laisse jamais disperser.

 

Quel est ton record en nombre de parties de cash game disputées simultanément ?

Bruno Launais : Quatorze parties en simultanée ! Et j’ai longtemps joué, de manière très régulière, sur douze tables de cash game en même temps. En tournoi, je jouais un peu moins de tables : jamais plus de dix.

Tout de même : ce n’est pas rien ! 

B.L : Oui, c’est certain (rires). Je tiens à préciser que je ne joue plus autant de tables aujourd’hui, en cash game comme en tournoi. Il s’agit d’un record, établi en 2009 pour ce qui concerne le cash game. En revanche, je dispute toujours un grand nombre de tournois en simultanée, principalement le dimanche où l’offre est la plus intéressante en termes de prizepool. Il est fréquent, par ailleurs, que je joue six à sept tournois en même temps ainsi que deux ou trois tables de cash game. Sur les sites français agréés, mon standard actuel est de quatre tables de cash game.

Comment es-tu devenu un adepte du jeu multi-tables ?

B.L : Fin 2007, je jouais des tables en full-ring (tables pleines à 9 joueurs) où le temps entre chaque coup était relativement important. Le niveau n’était pas très bon et je m’ennuyais… Pour avoir plus d’action et augmenter mon volume de jeu, j’ai ainsi commencé, progressivement, à jouer sur deux, trois, puis quatre tables. J’avais certes quelques appréhensions. Mais j’ai immédiatement envisagé le multitabling comme une sorte de challenge. Et j’y ai pris goût. Je me sentais à l’aise et m’y suis habitué. Jusqu’à prendre de réels automatismes et disputer, assez naturellement, une dizaine de parties en simultanée. Grâce au jeu multi-tables, je voyais et je jouais un très grand nombre de mains. C’était très enrichissant et, depuis, je ne me suis plus jamais ennuyé !

Pas d’autres motivations ?

B.L : Oui, bien sûr. Si je suis devenu un adepte du multitabling, c’est parce que j’obtenais de meilleurs résultats financiers. Mon niveau de jeu n’en souffrait pas. Plus j’augmentais le nombre de table, plus mes gains horaires étaient importants. Au-delà d’une douzaine de tables, mes gains n’augmentaient plus : j’avais trouvé ma limite. Or, si je nourris pour le poker une véritable passion, je joue avant tout pour gagner de l’argent, pour gagner ma vie. A noter que de nombreux joueurs sont venus au multitabling en raison du rakeback, pourcentage (généralement autour de 30 %) sur les prélèvements que certaines rooms reversaient aux gros joueurs. Pour de nombreux joueurs pro online, ce rakeback constitue une sorte de « salaire » qui leur assure des revenus réguliers, et ce faisant, une certaine stabilité. Plus le volume de jeu est grand, plus le rakeback est important. D’où l’intérêt de multi-tabler.

Une personne t’a-t-elle inspiré ou guidé vers le multitabling ?

B.L : Non, pas du tout. Pas davantage une personne physique que des articles de presse ou des ouvrages sur la technique du jeu multi-tables. En la matière, je suis un parfait autodidacte. 

Quelles adaptations tactiques et stratégiques t’a-t-il fallu opérer ?

B.L : Il est certain que le style de jeu n’est pas le même sur une table unique (ou un petit nombre de tables) que sur une dizaine. Il doit être plus solide, plus serré, à commencer par le choix des mains de départ. Et ce, pour une raison simple : aussi rapide que puisse être notre capacité d’action et d’analyse, il faut garder un bon niveau de jeu, qui reste agressif notamment. C’est pourquoi on ne pas jouer un trop grand nombre de coups en simultanée. Sur six à huit tables, en étant très concentré, j’arrive à rester créatif et très agressif, à développer mon jeu standard en profitant notamment de la position.

Comment définir le nombre de tables « plancher » ?

B.L : De deux façons, intimement liées. La première a trait aux sensations. Si vous sentez que votre jeu n’est plus optimal, que vous avez du mal à prendre des décisions, que tout va trop vite, que vous ne valorisez pas assez vos bonnes main, que vous n’êtes plus opportunistes, que vous faites des erreurs, il faut alors diminuer le nombre de tables jusqu’à retrouver de l’assurance et votre sérénité. Si vous êtes mal à l’aise avec deux tables seulement, le multitabling n’est pas fait pour vous – ou vous n’êtes tout simplement pas prêt ! Une autre raison qui découle directement de la première : des résultats financiers en baisse. Il faut toujours garder un œil très attentif sur ces résultats. C’est l’indicateur qui vous permettra d’identifier votre point d’équilibre, de déterminer le nombre optimal de tables. Ce qui compte, c’est de trouver le bon compromis entre le nombre de tables, le confort de jeu, une technique satisfaisante et surtout des revenus moyens (calculés sur un taux horaire ou par main, grâce à des logiciels comme Hold'em Manager, par exemple) aussi importants que possible. Soulignons que le nombre de tables pouvant être jouées simultanément est plus importants en full-ring qu’en 6-max (six joueurs au maximum, la norme sur les sites français), car on y joue nécessairement plus de coups.   

Un autre paramètre à prendre en considération ?

B.L : Les limites des parties disputées doivent, bien sûr, êtres prises en compte. Pour la bonne et simple raison que le niveau de jeu n’est pas le même selon le montant des parties. Il est globalement plus élevé à mesure que l’on franchit les limites. C’est en NL400 (blindes 2/4), par exemple, que mes gains ont commencé à diminuer. Mon edge sur les autres joueurs, qui jouaient beaucoup mieux qu’aux limites inférieures, n’était manifestement pas assez important pour dégager des gains substantiels. Par ailleurs, je n’arrivais plus à jouer de manière vraiment automatisée. Et j’avais besoin d’une plus grande concentration. Donc de diminuer le nombre de tables. Pour autant, chaque joueur obtiendra des résultats différents en fonction des limites. Il faut donc considérer aussi ce paramètre pour définir le nombre optimal de tables.   

Quelles sont les qualités qu’un joueur multi-tables doit développer ?

B.L : En premier lieu, je dirais le sang-froid. En multi-tables, les choses peuvent en effet vite mal tourner. Un bad run sur plusieurs tables à la fois peut avoir des conséquences catastrophiques, aussi bien sur le plan psychologique que financier. Dans ce genre de situations, il faut à tout prix garder la tête froide et continuer de jouer son « A-Game », son meilleur jeu. Une autre qualité essentielle est la lucidité, qui se travaille avec le volume de jeu. La capacité et la vitesse d’analyse jouent aussi un rôle primordial.

Le temps de jeu doit-il être bien limité ?

B.L : Dans le jeu multi-tables, la concentration est si importante qu’on ne peut la conserver à son meilleur niveau indéfiniment. Je fais des sessions de quatre à cinq heures, mais chacun appréciera selon ses aptitudes et ses sensations.

Comment repères-tu les joueurs multi-tables et quelle stratégie adoptes-tu contre eux ?

B.L : On les repère facilement grâce aux outils de recherche sur les rooms online et par leur façon de jouer. Ces joueurs se préoccupent moins du « metagame », de l’historique des confrontations ; ils jouent surtout leur cartes ; ils feront moins de moves sophistiqués. Il est donc plus facile de les bluffer.  

Y a-t-il des difficultés à multi-tabler sur différents sites ?

B.L : Tout dépend des joueurs et de leurs capacités à s’adapter à des ergonomies et des interfaces différentes. Certains n’y arrivent pas ; ils sont mal à l’aise et commettent des erreurs. Pour moi, cela n’a aucune importance. C’est pourquoi je dispute la plupart des grands tournois proposés les dimanches sur les sites français.

Le multitabling constitue-t-il l’attrait principal du poker en ligne ?

B.L : Je ne suis pas le seul joueur online à avoir déjà imaginé de disputer plusieurs parties live simultanément (rires) ! Un rêve irréalisable, pour sûr : le jeu multi-tables est et restera l’apanage du jeu online. Il est certain que si, pour une raison quelconque, il devenait impossible de multi-tabler sur le net, le poker en ligne perdrait à mes yeux une grande part de son intérêt.

Faut-il être bien équipé pour devenir un bon joueur multi-tables ?

B.L : Oui ! A fortiori si le poker est considéré comme une activité professionnelle. Pour cela, de bons « outils de travail » se révèlent indispensables, comme dans n’importe quel corps de métier. Pour le poker online, ces outils se résument à bonne connexion internet, un ordinateur qui ne plante pas et un bon confort de jeu (une chaise ou un fauteuil de qualité, ainsi qu’un espace dédié pour ne pas être dérangé). Leur qualité est encore plus importante pour le jeu en multi-tables. Après avoir commencé à jouer sur le net dans mon lit avec un petit ordinateur portable de 15 pouces, j’ai très vite mesuré l’importance de jouer assis, dans une chaise de bureau, soit avec un écran de grande taille, soit, comme je le fais à présent, avec deux écrans connectés, pour avoir une bonne visibilité sur l’ensemble des tables que je joue en simultanée.

Propos recueillis par Franck Daninos.  

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