Le mot de la semaine "Parole"

Écrit par Franck Daninos.

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« Parole ». Les plus jeunes ne connaissent pas ce terme et les autres l’ont enfoui dans leur mémoire. Vous vous souvenez ? Il y a encore six ou sept ans, dans le droit fil du poker fermé, c’est ainsi que les joueurs français signifiaient qu’ils passaient leur tour tout en gardant la possibilité de payer une relance ou de surrelancer après que les personnes situées à leur gauche aient exprimé une action de jeu. Force est de constater que son usage a totalement disparu des tables de poker ! Ceux qui s’y hasardent encore le font pour blaguer ou parce qu’ils reviennent… d’un long voyage sur Mars – on les prendrait, sinon, pour des personnes loufoques ou totalement has been...

« Parole » a été remplacé par le terme anglo-saxon « Check » entre 2005 et 2007, raison pour laquelle les plus jeunes n’en ont jamais entendu parler. Le phénomène a été très rapide – trois ans tout au plus. Comment l’expliquer ? Par la vogue du Texas Hold’em venue tout droit des Etats-Unis. Portée par le poker online (à l’époque du point com, en anglais) et le poker télévisé (via le World Poker Tour et les émissions présentées par Patrick Bruel, notamment), elle a submergé la France au milieu des années 2000 – comme de nombreux autres pays du monde au demeurant.

Le vocabulaire et les spécificités nationales ont été balayés par cette vogue qui a transformé les usages et créé tant de nouveaux – mais partout et toujours en anglais ! Pour apprendre les règles, pour « parler » poker, pour intégrer la communauté des joueurs, s’y reconnaître et adopter ses nouveaux codes, il fallait désormais maîtriser une série de mots dans la langue de Shakespeare : check (pour « parole ») mais aussi raise (au lieu de « relance »), fold (« jeter ») all-in (« tapis »), 3-bet (« surrelance »), value-bet (« mise de valorisation »), heads-up (« duel » ou « face-à-face ») ou encore outs, limp, nuts, air, etc.

Certains de ces mots sont certes intraduisibles (ou jamais traduits) en français ; et pour exprimer ses connaissances techniques, on exhibe ainsi un vocabulaire anglo-saxon. Ce qui tourne parfois au ridicule quand une phrase contient quatre ou cinq mots en anglais ! En France, on joue au poker depuis plus de 150 ans, mais c’est à croire qu’on aurait perdu toutes nos spécificités et qu’on ne saurait parler de poker autrement qu’en anglais ! Je plaide, pour ma part, pour un usage plus restreint des termes anglo-saxons et des efforts visant à traduire en français les actions de jeu et les concepts techniques du poker.

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