Se coucher ou surrelancer ?

Écrit par Barry Tannenbaum.

surrelancer

On ne peut se contenter de jouer de manière passive une fois qu’on décide d’entrer dans un coup. Il vaut mieux alors et souvent se coucher. Ou bien surrelancer, ce qui implique des risques, c’est certain. Mais avec ce qu’on estime être la meilleure main, une surrelance se révélera toujours payante sur le long terme.


Dans quelles situations vaut-il mieux se coucher ou surrelancer ? La question se pose si les conditions suivantes sont réunies :

• le pot doit être disputé par au moins trois joueurs. En Heads-Up, en effet, il n’existe pas de telles situations ;

• une mise doit être effectuée avant vous (de toute évidence, vous ne pouvez pas surrelancer ou vous coucher à moins qu’il y ait déjà une relance, mais j’aime être clair) ;

• personne ne doit avoir suivi entre vous et le joueur qui a misé. Vous êtes le suivant à agir après la relance. Si, cependant, quelqu’un a suivi mais que vous pensez que tous les autres critères sont respectés, vous pouvez estimer que c’est une situation où vous pouvez surrelancer ou vous coucher, mais cela n’a rien d’obligatoire ;

• vous devez avoir des raisons de croire que vous avez la meilleure main ou que vous donnez l’impression de l’avoir. Si vous êtes sur un tirage, surrelancer réduira votre cote au pot puisque vous y mettrez plus d’argent et que vous éliminerez des joueurs qui auraient pu augmenter cette cote ;

• il doit y avoir des joueurs après vous qui pourraient toucher des mains plus fortes que la vôtre. Si vous avez une main imbattable, vous n’êtes pas obligé de surrelancer (et vous coucher serait une très mauvaise idée !).

TROIS LIMPERS

Pour entrer dans le vif du sujet, examinons deux situations concrètes.

Exemple n° 1 : récemment, j’ai disputé plusieurs sessions de cash game en Hold’em Limit à 40 $/80 $. Très tôt au cours d’une de ces sessions, j’étais de petite blinde et trois joueurs ont limpé. J’avais une paire d’As en main et j’ai relancé. Les trois adversaires ont suivi. Le flop s’est ouvert sur 9-9-6. J’ai misé, et une jeune femme, celle qui avait ouvert en limpant en début de parole, a suivi ma relance. Les deux autres joueurs se sont couchés. Au turn est tombé un troisième 9.

Je ne connaissais pas cette jeune femme. D’après sa manière de jouer, elle pouvait avoir une main comme 10-7 assortis (pour un tirage quinte ventral) ou 10-9 assortis (main qu’elle aurait sous-jouée pour que les autres joueurs restent dans le coup). Quoi qu’il en soit, j’avais intérêt à checker au turn pour sauver une mise si elle avait bel et bien un 9 ou lui donner l’occasion de bluffer si elle était sur un tirage. J’ai checké, elle a misé et j’ai suivi. Un 2 à la rivière n’a rien changé. J’ai checké, elle a misé.

Je pensais avoir la meilleure main puisqu’il lui fallait un carré pour me battre, mais j’ai simplement suivi pour plusieurs raisons :

• si elle avait un 9, il valait mieux que je suive au lieu de relancer ;

• comme c’était le début de la session, je voulais estimer la qualité de son jeu. De la manière dont elle était considérée à la table, il s’agissait, de toute évidence, d’une joueuse régulière et je voulais voir sa main ;

• si je relançais et qu’elle n’avait pas le 9, il était très peu probable qu’elle suive.

Après mon call, elle a retourné une paire de cinq servie. J’ai donc gagné. Mais je m’interrogeais sur son jeu au flop. J’avais misé et elle était située juste après moi avec deux autres adversaires derrière elle. Si ses Cinq étaient viables, si elle pensait vraiment avoir la main gagnante, elle aurait dû relancer pour écarter les deux autres joueurs (le fait qu’ils aient fini par se coucher n’a rien à voir avec la valeur théorique de son jeu). Si ses Cinq étaient dominés, elle aurait dû se coucher. Suivre, ici, n’était pas une bonne décision, même si cela lui a permis de sauver une mise. Si l’un des autres joueurs avait eu disons J-10 et avait touché un full supérieur à moindre coût avant de l’emporter (dans le cas où je détienne A-K, par exemple), on peut sans peine imaginer les conséquences néfastes de cette manière de jouer.

UNE SEMAINE AU BELLAGIO

Exemple n° 2 : cet exemple un peu plus complexe est tiré d’un livre décrivant et expliquant une série de mains jouées par un professionnel qui a passé une semaine au Bellagio à disputer des parties de hold’em limit à 30 $/60 $. On lui a distribué K-K en petite blinde. Deux joueurs en début de parole ont limpé, celui au bouton a relancé, et il a à juste titre surrelancé. Mais tous ses adversaires ont suivi.

Sur un flop favorable 9¨-4§-3¨, il a misé, un des limpers a suivi et le joueur au bouton a surrelancé. Il soupçonnait le limper d’avoir un tirage couleur et il a donc suivi pour voir le turn. Quand le 3© est tombé, a priori sans grand danger, il a misé et les deux autres joueurs ont suivi. À la rivière est sorti un 8¨. Craignant une couleur, il a checké ainsi que ses adversaires. Et le limper l’a emporté avec 10¨-7¨ (le joueur au bouton a révélé K-9). Ce qui me pose un problème, c’est son call au flop. Il a misé avant d’être callé et surrelancé. C’est une situation classique où il faut relancer à nouveau ou se coucher.

Je vois souvent des joueurs suivre dans ce genre de situations pour voir si une carte « effrayante » ne va pas tomber au turn. Mais ce n’est pas la bonne manière de jouer. Ce qu’il faut, c’est faire payer le plus possible l’adversaire qui est sur un tirage. Ici, il aurait dû effectuer un 4-bet. S’il est suivi et qu’une carte quelconque tombe, il doit encore miser pour faire payer à nouveau les tirages. Bien entendu, sa relance lui fait perdre une mise au final si un carreau tombe au turn, mais il a une cote de 4/1 pour que cela ne se produise pas.

Pour gagner au Hold’em Limit, il faut toujours tirer profit des petits avantages, et cet exemple l’illustre parfaitement. Comme dans le premier exemple, sa manière de jouer lui a certes permis d’éviter de perdre une mise, ce qui se produira à chaque fois qu’un carreau tombe au turn ou à la rivière (et qu’un adversaire possède un tirage couleur – ce qui n’est pas toujours le cas). Mais vous devez accepter ces pertes pour tirer profit des gains plus fréquents que vous empocherez quand les choses iront dans votre sens ! C’est l’essence même des situations où vous devez relancer ou vous coucher.

B.T.

Commentaires (0)Add Comment

Ecrivez un commentaire
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

security code
Entrez les caractères affichés


busy