OMAHA - Votre voisin de gauche...
Apprenez à identifier rapidement à la table les joueurs dangereux. Une fois les maniacs et les aggros repérés, faites ce qu’il faut pour avoir la position sur eux.
Si vous avez déjà disputé au moins une partie d’Omaha Pot-Limit (PLO) en deep stack, alors vous savez combien il est important d’avoir à votre droite les « maniacs » (larges et très agressifs) et les gros tapis. À l’inverse, vous pouvez laisser les joueurs serrés et passifs avoir la position sur vous : ils vous laisseront faire à peu près ce que vous voulez de la table. Avec un maniac assis juste à votre gauche, vous n’aurez qu’un coup tranquille par orbite : au bouton !
Ce paramètre est tellement crucial que les joueurs expérimentés deviennent de véritables profileurs sitôt qu’ils ont un nouvel adversaire à leur gauche. Plus vite ils identifieront un maniac, plus vite ils pourront prendre les mesures appropriées comme resserrer leur jeu, changer de place ou quitter la table (en cash game). À deux reprises, récemment, j’ai été dans la situation de devoir jauger rapidement mon voisin de gauche. Appelons les « l’Australien » et « l’Asiatique ». Voici comment cela s’est passé.
BUY-IN MAXIMUM
Mon ami Aaron et moi avons rejoint une partie de PLO à 2$-5$ à au casino Aria de Las Vegas. Les tapis avaient des tailles comprises entre 300 $ et 700 $. Nous avons pris le buy-in maximum de 1 500 $. Aaron au siège 8 et moi à la place 2, peu enclin à me retrouver toute la nuit à la droite de mon ami qui, je dois le dire, est un vrai maniac. Je me retrouve donc avec, à ma gauche, un joueur pourvu d’un tapis apparemment innocent de 700 $. C’était un premier indice : un joueur un tant soit peu coriace ne joue pas, en général, à ce genre de table avec moins de 1 000 $. Rapidement, ce premier indice a été effacé par le suivant : une main plus tard, mon voisin s’est retrouvé avec 1 500 $ devant lui.
J’ai engagé la conversation en lui demandant d’où il était originaire. Avec un accent étrange, il m’a répondu venir d’Australie. Il était en vacances. Combien de temps comptait-il rester en ville ? Il ne savait pas exactement... C’était le troisième indice. Quand il m’a dit qu’il était à Las Vegas depuis le mois de janvier, je savais à quoi m’en tenir… Car nous étions en mars. Je n’avais encore disputé aucune main, mais je savais déjà que ce type à ma gauche était un professionnel, de type large-agressif, un « semi-maniac » en somme.
Il me fallait donc changer de place. M’asseoir à la gauche de l’Australien aurait signifié le prendre ouvertement pour cible et ce ne sont pas des choses qui se font dans notre milieu. Je suis donc allé m’asseoir au siège n°6. Certes, je me retrouvais alors deux places à la droite d’Aaron, mais cela m’apparaissait comme un moindre de mal. Avec un short stack à ma gauche, c’est comme si j’avais deux fois de suite le bouton.
TABLE CASSÉE
Quelques semaines plus tard, peu avant le début des WSOP, je me retrouve à jouer une autre partie de PLO à 2 $-5 $. Je suis assis à la place 1. Mon ami Alex (alias “Ukraine”) est installé en place 8. Arrive une jeune asiatique en provenance d’une table qui avait cassé. S’installant au siège 2 avec environ 2 000 $ en jetons, elle demande aussitôt : « je viens de l’autre partie. Est-ce que je dois mettre tout mon tapis sur la table ? » Premier indice. Sa question signifiait qu’elle avait précisément l’intention de jouer avec tout son tapis. À ce moment-là, j’avais environ 2 100 $, et avant qu’elle ne s’asseye, personne n’avait plus de 1 000 $ devant soi. Une minute plus tard arrive un autre gars qui s’installe à la place 6 avec quelque chose comme 2 800 $.
Une main plus tard, je me retrouve en position de grosse blinde. La jeune asiatique fait une option en position UTG sans même réfléchir. C’était le second indice. Trois joueurs ont limpé. L’autre gars a instantanément misé 70 $ et le joueur suivant s’est couché. Sans hésiter, Alex a dit : « je mise le pot ». La jeune asiatique a rétorqué, istantanément : « 260 $ ».
Cela fait longtemps que je joue à ce jeu. Mais j’ai toujours besoin d’un peu de temps pour savoir qu’avec trois limpers, une relance et une surrelance, la valeur d’un pot avec une option under the gun est de 260 $ – troisième indice. Tout le monde s’est couché jusqu’à la jeune asiatique qui a instantanément suivi... Quatrième indice.
Un autre joueur a suivi à tapis ainsi que l’autre type. Il y avait donc environ 1 100 $ dans le pot. Le flop s’est ouvert avec trois cartes à trèfle. Tout le monde a checké. Une carte quelconque est tombée au turn et tout le monde a encore checké. Une dernière brique est tombée à la rivière. La jeune asiatique a misé 315 $. L’autre type a réfléchi une minute avant de suivre. Alex s’est couché. La jeune asiatique a abattu 10-10-5-3 pour une couleur à trèfle hauteur 10, lui faisant gagner le pot. L’autre type a jeté sa main, il a ramassé ses affaires et il est parti.
Je n’avais pas besoin d’autres indices. Mon ami Tommy allait s’installer à la place vacante quand je lui ai dit qu’il pouvait prendre la mienne. Et c’est moi qui suis allé m’installer place 6, une place beaucoup plus tranquille !
Jeff Hwang


