Une autre approche de l'agressivité

Écrit par Bertrand le Boubennec.

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L'agressivité est un concept omniprésent dans le poker actuel, mais sa définition se limite trop souvent au simple fait de relancer, de surrelancer ou de faire tapis préflop. Cette notion devrait en fait être élargie. Jusqu’à comprendre que jeter ses cartes peut aussi, dans certains cas, être le comble de l’agressivité !


Nous avons tous entendu parler d’agressivité au poker, en particulier en format No-Limit. Mais qu'est ce que ce concept embrasse exactement ? Est-ce lié à la façon de miser ? Au montant des surrelances ? Ou à la fréquence de ces dernières ? L’évolution récente des joueurs de tournois de Texas Holdem No-Limit montre que cette notion est si présente chez tous les joueurs gagnants, que les théoriciens les ont triés en catégories : les agressifs, les hyperagressifs et les ultra-agressifs. Mais comment définir les qualités d'un joueur agressif, comment les appréhender et les faire siennes ?

Évidemment, à un premier niveau, jouer de manière agressive implique de miser fort, de relancer fort et surrelancer très fort ; en clair, de mettre la pression sur l’adversaire. Nous verrons des cas concrets et les avantages que l’on peut en retirer. Tous les joueurs qui veulent progresser doivent en effet savoir mettre en place des schémas de mises agressifs afin d’augmenter leurs chances de gagner, de « casser les cotes », de rentabiliser leurs mains. Est-ce néanmoins suffisant ?

CONFRONTATION TYPIQUE

Considérons une confrontation typique. La plupart du temps, le joueur qui prend l’initiative confronte son adversaire à un dilemme. Pourquoi mise-t-il ? A-t-il une main faite, A-K ou est-il à tirage ? Est-il en bluff ? En semi-bluff ? Par conséquent, que devrais-je faire ? Me coucher, suivre, relancer, et si oui de quel montant ?

Votre adversaire doit réagir après que vous avez agi ; et voici la première notion à intégrer : être agressif c'est d'abord être actif. Quel que soit votre niveau, vous évoluez face à des joueurs qui tentent d’analyser votre jeu, et vous savez très bien que le joueur qui prend l’initiative doit se poser moins de questions que son adversaire. Alors allez-y, profitez en ! Si vous privilégiez systématiquement le « raise » au « call », vous provoquerez souvent des maux de têtes à vos adversaires… Et plus vous jouez face à des joueurs expérimentés, plus les questionnements que vous provoquerez chez eux devront être compliqués pour être gênants.

C'est une partie des difficultés qu’éprouvent les joueurs aguerris face aux débutants, ces derniers ne comprenant pas le sens des moves adverses : ils se contentent d’estimer leur jeu en fonction de leurs mains pour décider des réponses à apporter face à ces actions. C’est pour cette raison que certains joueurs réguliers des poker rooms en .com sont totalement déboussolés sur les rooms online françaises et doivent ainsi réadapter leur poker.

Quel que soit votre niveau, l'agressivité correspond à une manière de jouer qui confronte votre adversaire à un questionnement multiple et difficile. Une action sera toujours perçue comme agressive car elle déroute l’adversaire. Mais l’agressivité ne se limite pas à « miser fort » ou à faire tapis, bien évidemment. En effet, checker ou suivre dans certaines situations suscitera beaucoup plus d'interrogations chez votre adversaire que ne l’aurait fait une relance, par exemple.

Il découle de cela un deuxième point important : relancer n’est qu’un aspect du jeu agressif. Votre objectif est de faire commettre des erreurs à votre adversaire, de le placer délibérément dans une situation difficile à analyser – un peu comme un ordinateur qui n'arrive pas intégrer certains paramètres pour parvenir à une décision, et qui commet forcément une erreur.

Lorsque vous voyez un adversaire se plaindre, grimacer ou confirmer après votre relance un « j'en étais sûr », vous devez savoir que vous êtes sur la bonne voie. Non, il n'était pas sûr de votre relance : il la craignait.

ADEPTES DU FLOATING

En poursuivant notre raisonnement, gageons que toute action qui gêne réellement votre adversaire dans son analyse devient un signe d'agressivité. Les adeptes du floating le savent bien : avec un check/call au flop, un check/call au turn et une mise à la rivière, ils parviennent à gagner le coup, pourquoi ? Parce que l'adversaire n'a rien touché de tangible, et qu'ils font ce qu'ils ne voulaient eux-mêmes pas subir.

On en vient naturellement à envisager une idée paradoxale : se coucher pourrait-il être considéré comme un move agressif ? Concept bizarre… Comment jeter ses cartes correspondrait-il à une action agressive, dès lors que cela ne met aucune pression sur l’adversaire ?

Supposons que vous jouez depuis des heures, que vous prenez l'avantage sur un joueur en particulier et que celui-ci n'arrête pas de vous promettre une vengeance : il attend depuis longtemps d’avoir une main pour vous soutirer des jetons, il fait une relance minimale au bouton et vous jetez votre main en grosse blinde. Il ne sera pas rare qu'il vous montre alors rageusement son A-K ou sa paire, en vous disant : « Mais pourquoi tu ne me payes pas ? »

Vous allez tellement le décevoir qu'il sera très frustré pour les coups suivants. Il se peut même qu'il continue d'avancer tranquillement sur le chemin du tilt, grâce à un simple fold de votre part. Qu’avez-vous fait en réalité ? Vous n’avez pas « coopéré ». Nous avons là notre troisième notion, la plus importante : jouer agressif, c’est ne pas coopérer avec l’adversaire !

SITUATION D’INCONFORT

Même si l’agressivité tient une place essentielle dans une stratégie gagnante, encore faut-il savoir pourquoi, et ne pas se tromper en prenant un moyen (miser) pour une fin (mettre l'adversaire en situation d'inconfort en vue de lui faire commettre des erreurs). On agresse un adversaire à chaque fois que nos réponses le déçoivent ou l'oppressent ; autrement dit, à chaque fois que l’on refuse de coopérer. Et les façons de le faire sont aussi nombreuses que vos adversaires ont des profils différents.

Par opposition, un joueur qui encourage ses adversaires par ses mises faibles, et coopère avec eux, pratique un poker docile qui ne gagnera quasiment jamais. Il finira par se faire rafler tous ses jetons par un tirage qu'il aura contribué à faire rentrer. Votre objectif étant de gagner, vous devez devenir un joueur techniquement pénible et désagréable pour ceux qui s'assoient à votre table, réelle ou virtuelle. À vous de jouer : soyez agressif, mais restez courtois !

B.B.

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