Misread à Deauville
Le manque de concentration, la fatigue, sont les pires ennemis du joueur de poker. Elles entrainent parfois des erreurs incroyables, à l’exemple de ce coup joué lors du dernier EPT de Deauville, en janvier 2010.
Nous approchions de la bulle mais je n’étais pas très bien en jetons. En milieu de position, je relance alors avec Q-J assortis. Je suis payé par un joueur espagnol d’un très bon niveau faisant partie du Team PokerStars Online. Avec l’avantage de la position, il ne fait que caller alors que ce type de joueur m’aurait habituellement surrelancé, avec un As bien « kické » par exemple.
Force est de reconnaître que j’étais très fatigué, peu lucide. Je manquais de sommeil et les heures de jeu se faisaient lourdement sentir… Sur un flop Q-A-3 tricolore, je décide de pousser mon tapis. J’avais bien conscience de « craquer » un peu. J’espérais évidemment qu’il n’ait pas d’As, mal accompagné tout du moins, en raison de son simple call pré-flop. Mais c’était un move un peu désespéré, même si mon petit tapis ne me laissait pas de grandes marges de manœuvre.
Mon adversaire paye instantanément. Je comprends que mes chances de victoires sont très réduites. Plus encore quand il retourne ses deux As, pour un brelan max… Je ne joue quasiment plus rien : un runner-runner quinte ou un improbable carré de Dames.
Je me lève, écœuré, énervé : « C’est facile le poker, hein ?! Moi, je n’ai pas vu les As trois jours durant. Pas moyen d’avoir un peu de chance… ». Pendant que le reste du tableau est découvert (Q-A-3-7-10), je commence à rassembler mes affaires et à m’écarter de la table, sans cesser de « grogner ».
Mais la croupière pousse tous les jetons vers moi, tandis que mon adversaire s’effondre, sans dire un mot. Pendant un court instant, je pense que la croupière s’est trompée, me laissant ainsi dans un grand embarras. Je suis dans une sorte de black-out, ne sachant vraiment que faire.
En voyant la croupière ramasser mon jeu, je comprends alors que je me suis trompé : je n’avais pas Q-J mais K-J ! J’avais poussé mon tapis avec hauteur Roi face à un brelan d’As, pour toucher finalement une quinte ventrale à la rivière ! Là, mon malheureux adversaire commence à m’insulter en raison de ce coup irréel, et surtout de mon mauvais comportement. Je me confonds en excuses, lui expliquant que je suis très fatigué et que j’ai mal lu ma main, que je ne savais pas que j’avais gagné jusqu’au moment où la croupière avait poussé les jetons vers moi.
Grâce à ce coup improbable, j’ai pu terminer à la 101ème place, dans l’argent. Mais j’ai eu énormément de chance ! En règle générale, la fatigue et le manque de concentration ne pardonnent pas.
J.-B.-B.


