La maladie du joueur
Ce qui se passe dans votre vie influence forcément votre jeu, votre niveau au poker. Si vous venez d’apprendre une mauvaise nouvelle, si vous êtes contrarié pour une raison ou pour une autre, vous jouerez nécessairement plus mal qu’à l’accoutumée. Même les plus grands champions, ceux qui ont un mental d’acier et beaucoup d’expérience, ne peuvent s’en détacher totalement.
Quand je me rends dans une poker room pour disputer un tournoi ou une partie de cash game, je sais très vite si je suis dans de bonnes dispositions psychologiques. Il m’arrive encore, malheureusement, de jouer avec l’esprit contrarié – et je finis souvent par le regretter, même si on peut avoir de bonnes surprises – mais, en règle générale, je parviens à me discipliner. J’arrête vite les frais ou je ne joue pas, tout simplement. Après tout, les parties et les tournois sont légions. Rien ne presse, je jouerais le lendemain.
C’est, pour moi, une indispensable mesure de protection. Car le bad run est bel et bien la « maladie » du joueur. Une maladie qui peut être fatale et qui a entrainé, dans leurs pertes, un nombre incalculable de joueurs que j’ai côtoyés. Un bad run peut durer des semaines, des mois. Il arrive que, durant une telle période, des joueurs réguliers ne voient pas de bonnes cartes et soient malchanceux selon une fréquence qui défie les probabilités.
Pendant ma carrière de joueur, j’ai moi-même souffert d’un bad run qui a duré près de deux ans ! J’étais au bord de l’abandon. Et j’ai d’ailleurs arrêté, un temps, de jouer au poker, pour me consacrer à d’autres jeux de cartes qui n’étaient pas ma spécialité. Cela m’a fait du bien : à l’issue de cette période, j’ai pu enfin recommencer à jouer de manière sereine et retrouver le chemin des résultats.
En bad run, je vois beaucoup de personnes continuer à jouer, se recaver encore et encore, pensant que la technique – leur technique – finira par faire la différence, qu’il réussiront à se refaire. Je pense tout le contraire. Et ce, pour une raison simple : au poker, la technique n’est pas si importante que cela. Parmi l’ensemble des paramètres qui influencent le cours d’une partie, j’estime qu’elle compte pour 20 %, pas davantage. La chance, pour une part comprise entre 40 % et 50 %. Le reste est lié aux aspects psychologiques du jeu.
Cette maladie, il faut donc apprendre à la canaliser, à se prémunir autant que possible de ses effets – la solution la plus efficace étant d’arrêter de jouer pendant une période plus ou moins longue : un jour ou plusieurs semaines selon les parcours et les individus.
R.H.


