L'attaque du petit tapis

Écrit par Craig Tapscott.

mante

En tournoi, les short stacks ne peuvent se permettre de rester passifs. Il faut agir et ne pas hésiter à pousser son tapis sous peine d’une élimination par agonie. Mais quand ? Comment choisir le moment opportun ? Réponses et commentaires de trois joueurs pros.

LES PROS : MATT MATROS, MICHAEL BENVENUTI ET BLAIR HINKLE

MATT MATROS

Matt Matros a remporté un bracelet des World Series of Poker ainsi que 1,5 million de dollars au cours de sa carrière de joueur. Il écrit régulièrement des articles pour Card Player, donne des cours sur le site CardRunners.com et a publié The Making of a Poker Player.

MICHAEL BENVENUTI

Michael Benvenuti a remporté le PokerStars “Super Tuesday” à 1 000 $ et le Monday à 1 000 $ également, sur Full Tilt cette fois. Il a terminé second au tournoi à 5 000 $ du Caesars pour un gain de 128 000 $ ainsi qu’au tournoi principal du WPT Festa al Lago pour un gain de 565 000 $.

BLAIR HINKLE

Blair Hinkle est passé pro en 2008 après avoir enregistré plusieurs grosses victoires online ; il a remporté un tournoi de l’UltimateBet Online Championship et un tournoi du Full Tilt Online Poker Series. Il a également décroché un bracelet des World Series of Poker. En 2010, il a ajouté un anneau d’or à son palmarès en remportant le tournoi principal du circuit des WSOP à Council Bluffs, dans l’Iowa.

 

Craig Tapscott : Quels conseils donneriez-vous à un joueur de tournoi pour bien gérer un petit tapis ?

Matt Matros : Premièrement, il faut savoir quand on a une « fold equity » et quand on ne l’a pas. Pour ceux qui ne le sauraient pas, la fold equity correspond à la probabilité de pousser vos adversaires à se coucher pour remporter le pot sans opposition. Avec certaines tailles de tapis (disons un maximum de quatre grosses blindes), votre fold equity effective équivaut à zéro, puisque la plupart de vos adversaires vont suivre une mise préflop à tapis s’ils ont une cote d’au moins 2/1 (et ils auront généralement raison de le faire). L’idée est donc d’agir avant de vous retrouver avec un tapis aussi petit. Et vous devez faire tapis pendant que vous avez encore une fold equity.

Cette même logique s’applique aux sur-relances. Vous pouvez surrelancer avec un panel plus large quand vous avez une fold equity. Aussi, si quelqu’un d’autre ouvre et que vous avez 15 grosses blindes, vous pouvez surrelancer à tapis avec plus de mains que si vous aviez 10 grosses blindes. Avec 15 grosses blinds, vous avez généralement assez de jetons pour que le premier relanceur couche ses mains les plus faibles. Avec seulement 10 grosses blindes, le relanceur va probablement être engagé dans le pot et il suivra avec tout son panel de mains. Bien connaître les nuances qui accompagnent ces tailles de tapis est vital pour devenir un joueur redoutable en short-stack ; et la base de tout est de comprendre le concept de la fold equity.

Michael Benvenuti : L’une des plus grosses erreurs que commettent les amateurs quand ils jouent avec un short stack, c’est d’être trop obnubilés par les flops avant d’engager tout leur tapis. Quand vous jouez avec un short stack (entre 15 et 25 grosses blindes), vous devez être à l’affût de situations où vous allez faire tapis au lieu de suivre pour voir le flop. La seule exception, à mon avis, c’est si vous jouez contre un joueur très faible, que vous avez une main très forte comme A-A ou K-K, et que le fait de suivre ne révélera pas vos cartes (comme ce serait le cas contre un joueur compétent).

En règle générale, cependant, vous devez vous contenter de faire tapis après une relance avec  toutes les mains que vous auriez l’intention de jouer. Quand votre tapis est réduit aux alentours de 10 grosses blindes ou moins, vous devez chercher à ouvrir à tapis plutôt que de le faire après qu’un joueur a ouvert, à moins que vous n’ayez une main forte. Avec un tel short stack, vous perdez une grande partie de votre fold equity quand quelqu’un ouvre et que vous faites tapis. Il aura en effet le bon prix pour suivre avec la plupart des mains avec lesquelles il aurait ouvert, alors que vous aurez une bonne fold equity si vous ouvrez à tapis. Aussi, vous devriez souvent voler les blinds en fin de parole avec un shove all-in en ouverture. De cette manière, vous pouvez reconstituer votre réserve de jetons jusqu’à ce que vous ayez une fold equity suffisante pour faire tapis après une ouverture.

Blair Hinkle : Le premier conseil que je donnerais serait de bien connaître son image à la table de jeu. Si vous avez disputé de nombreux pots ou que vous avez fait tapis avec quelques bluffs inappropriés, les autres joueurs vont sans doute moins respecter vos mises à tapis. Il vous faut donc vous montrer un peu plus patient avant de relancer à tapis après qu’un joueur ait misé. D’un autre coté, si vous avez joué de manière solide et que vous avez subi une douche froide, ou que les blinds ont rattrapé votre tapis, vous pouvez sans doute effectuer un reshove avec une main plus faible. Puisque les joueurs vous ont vu jouer de manière très patiente, il est plus probable qu’ils respectent votre mise.

Un autre conseil est que bon nombre de joueurs pensent que le fait d’ouvrir en début de parole est un signe de force. En fait, je préfère faire tapis après des adversaires raisonnant de cette manière puisqu’ils pensent que leur relance à l’ouverture est forte en début de parole. Aussi, ils vont donner beaucoup plus d’importance à mes cartes et souvent coucher des mains assez fortes. Enfin, il faut éviter d’être frustré quand on a un short-stack, qu’on ne touche pas de bonnes mains et qu’aucune bonne situation pour un move à tapis ne se présente pas. Certains joueurs vont perdre leur sang-froid et se convaincre qu’ils devraient faire tapis après un relanceur en fin de parole même si ce joueur a systématiquement couché ses mains pendant la dernière demi-heure. Il n’est absolument pas incorrect de se coucher pendant quelques orbites si aucune bonne situation ne se présente !

 

Craig Tapscott : Quels paramètres prenez-vous en considération pour déterminer le panel de mains avec lequel vous allez faire tapis ?

Matt Matros : La taille de mon tapis, celle des tapis des autres joueurs, l’importance des antes (s’il y en a), le nombre de joueurs engagés dans le coup et s’ils jouent serrés ou non, l’action avant moi ainsi que mon image. Certains panels sont relativement faciles à déterminer. Avec des antes importants, si tout le monde se couche avant moi en position de petite blind et que j’ai au maximum sept grosses blindes, on ne peut rien tirer d’une mise à tapis avec n’importe quelles cartes. D’autres situations sont beaucoup plus compliquées. Si tout le monde se couche avant moi en position de hijack (bouton -2) avec 11 grosses blindes, je vais me demander à quel point les joueurs après moi jouent de manière serrée. Quelle est l’importance de leur tapis (des joueurs avec des gros tapis ont plus de probabilités de suivre que ceux qui me couvrent à peine) ? Y-a-t-il un ante ? Et si oui, représente-t-il un tiers d’une blind ou seulement un dixième ? Ai-je souvent effectué des steals ?

L’analyse est encore plus complexe si quelqu’un a relancé avant moi. Puis je prends en considération d’où la relance a été effectuée (une relance under-the-gun est de toute évidence beaucoup plus forte qu’une relance du bouton), la taille de la relance et le profil du relanceur. Certains joueurs aiment ouvrir les pots, mais n’aiment pas suivre sans une main vraiment très forte. Certains joueurs sont très serrés avec leurs relances à l’ouverture, mais ils ne se couchent jamais une fois qu’ils ont engagé de l’argent dans le pot. Et certaines personnes jouent toujours de manière large. Plus j’en sais sur les tendances de mes adversaires, plus je suis en mesure de prendre une bonne décision.

Michael Benvenuti : Les facteurs les plus importants pour déterminer le panel de mains pour faire un shove, c’est la taille des tapis, la position et les tendances d’un adversaire ainsi que son panel de mains. Si je suis à l’un des blinds avec un tapis d’environ 15 à 25 grosses blindes et qu’un adversaire large-agressif avec un tapis décent ouvre en fin de parole, il est probable que je fasse tapis avec un large panel constitué de toutes les paires, de certains connectors assortis décents et la plupart des cartes Broadway. Mon panel est large dans cette situation car mon adversaire ouvre avec un panel large et je peux utiliser ma fold equity pour voler les jetons du pot la plupart du temps sans aller à l’abattage.

Si mon adversaire est serré, avec un short stack ou qu’il a ouvert en début de parole, je vais avoir besoin d’un panel beaucoup plus fort pour faire tapis car je risque d’être suivi plus souvent. Avec un tapis d’environ 10 grosses blindes, je vais ouvrir à tapis avec chaque main que je choisis de jouer, et ma position à la table est le facteur le plus important pour déterminer si mon panel sera large ou serré. Par exemple, si je suis en position under the gun, je vais faire tapis avec un panel serré de paires moyennes et hautes et quelques bonnes cartes hautes comme A-K et A-Q. Alors qu’en position de petite blind, je vais faire tapis avec n’importe quelles cartes si le joueur à la grosse blind est serré.

Blair Hinkle : Les facteurs les plus importants que je prends en considération sont la taille de mon tapis et le style de jeu de mes adversaires. Si j’ai un tapis suffisamment petit avec lequel j’ouvrirais avec un shove all-in, il faut que je sois capable de déterminer qui joue serré et qui aime prendre des risques. De plus, un autre short stack va plus facilement faire tapis qu’un gros tapis. Souvent, un gros tapis va tenter un coup, car il peut considérer que je ne représente pas une menace ; aussi, je vais resserrer mon panel de moves à tapis contre lui.

Pour un reshove, je trouve préférable de tirer profit d’un plus gros tapis qui essaie de tyranniser la table. Je vais souvent avoir un panel assez large pour les deux premiers reshoves, car je sais que ce joueur ouvre avec certaines mains assez médiocres avec lesquelles il ne peut suivre une mise à tapis. Généralement, il en sera frustré ; après quelques reshoves, j’ai donc tendance à resserrer mon panel puisque je m’attends à ce qu’il me défie avec la première main venue.

Propos receuillis par C.T.

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