Comment profiter de la position

Écrit par Craig Tapscott.

position

La position est un paramètre essentiel au poker. Peut-être même le plus important, dès lors qu’elle permet de gagner quelles que soient les cartes que vous avez en mains. Jouer en position permet de remporter de nombreux pots, de tendre des pièges, d’effectuer des bluffs… Trois pros livrent leurs conseils pour en tirer le maximum de profit.


LES PROS : SHANE SCHLEGER, YEVGENIY TIMOSHENKO ET MOHSIN CHARANIA

SHANE SCHLEGER

Shane Schleger vit en Californie du sud et joue uniquement en tournois. En février dernier, sous le pseudonyme de « shaniac », il a remporté deux tournois sur PokerStars à 100 $ le buy-in avec re-buy pour un gain de 108 000 dollars. Cela fait de nombreuses années qu’il joue aussi bien online qu’en live. Durant sa carrière, il a remporté plus de 2,5 millions de dollars en tournois.

YEVGENIY TIMOSHENKO

Yevgeniy Timoshenko a remporté le championnat du WPT 2009 pour un pactole de 2 149 960 $. La même année, il a décroché le tournoi du World Championship of Online Poker de PokerStars pour un gain de 1 700 000 $. Il a empoché plus de 6,7 millions de dollars en tournois.

MOHSIN CHARANIA

Mohsin Charania est diplômé de l’université de l’Illinois. Il a mis entre parenthèses ses études de droit à la Northwestern University pour se consacrer à plein temps au poker. Depuis, il a empoché plus de 3 millions de dollars en tournois live et online.

 

Craig Tapscott : Quels sont les principaux moyens de tirer profit de la position ?

Shane Schleger : Au poker, la position est comme une force de la nature. Les dynamiques de la position sont tellement liées au jeu que même les joueurs faibles, sans même s’en rendre compte, peuvent en tirer profit pour avoir un avantage sur des bons joueurs. Quand on a la position, et qu’on agit après un adversaire quelconque, on peut glaner un maximum d’informations en observant les schémas de mises et les tells. C’est cette possibilité qui constitue le plus grand avantage de la position.

Pour un joueur qui « sent les choses », l’effet le plus évident est d’être capable de remporter des coups dans de nombreuses situations où la valeur des mains n’a pas grande importance. Il arrive souvent, au poker, que les deux joueurs engagés ratent leur main ou possèdent une main marginale. Dans ce cas, être capable d’agir en dernier fait toute la différence. Avoir recours à une stratégie classique d’agressivité en plus de la position vous permettra d’atteindre plus facilement votre objectif. Mais le plus important, c’est qu’un joueur en position peut utiliser les informations recueillies pour bluffer.

 

Yevgeniy Timoshenko : Avoir la position est très avantageux, car cela vous permet de remporter beaucoup plus de pots. Plus les tapis sont importants, plus votre position est précieuse puisqu’elle vous permet de réunir davantage d’informations et de prendre de meilleures décisions. Avoir la position permet de mettre la pression sur vos adversaires, que vous ayez ou non une main, et d’obtenir ainsi de meilleurs résultats. Sans une main forte, les joueurs timides éviteront souvent de disputer des pots importants hors position : ils craindront de se retrouver dans une situation difficile. Par conséquent, cela vous permettra de récupérer bon nombre de petits pots.

Autre avantage important, vous pourrez ramasser des pots auxquels les autres ont renoncé ; puisque les gens ont appris à lutter contre les continuation-bets en position, les joueurs qui ont l’initiative ont commencé à abandonner plus souvent et même à effectuer des check-fold sur des flops susceptibles d’être favorables à leurs adversaires. Parfois, cela permet de récupérer un pot avec une seule relance. Enfin, avoir la position permet de déterminer plus facilement le panel de mains de vos adversaires. Puisque vous avez plus d’informations sur les autres joueurs, vous pouvez réduire leur panel en vous fondant sur la manière dont ils agissent hors position. Cela vous aidera ainsi à maximiser vos gains et à réduire vos pertes.

 

Mohsin Charania : Avoir la position permet de remporter un pot de différentes manières. Quand vous savez ce que fait un adversaire avant votre tour de parole, vous avez la possibilité de contrôler la taille des relances et donc des pots disputés. Vous pouvez également utiliser votre position sur les différentes « avenues » du tableau. Les joueurs peuvent effectuer des floats sur des flops sans rien en mains, car, bien souvent, leurs adversaires ne vont pas continuer à miser sans une main forte quand ils ne sont pas en position. Agir en position permet aussi d’exercer une pression plus forte sur vos adversaires, ce qui constitue un facteur clé pour gagner. Vous pouvez effectuer une relance après les continuation-bets d’un joueur afin de voir comment il réagit. Vous pouvez aussi miser dans un pot quand une ou plusieurs personnes ont checké avant vous. C’est souvent le signe qu’ils ont renoncé.

 

Craig Tapscott : comment se défendre face à un joueur agressif qui utilise la position pour vous tyranniser ?

Shane Schleger : si un joueur médiocre peut utiliser la position contre vous sans s’en rendre compte, un bon joueur qui le fait à dessein peut vous rendre la vie très difficile… Comme souvent au poker, il existe différentes approches viables pour contrer cette dynamique. L’outil le plus simple que j’utilise contre un tel joueur, c’est le choix des combats. C’est ici que l’expression « attendre une occasion plus propice » prend toute son importance. Il est souvent inutile de déclarer la guerre à un individu précis quand il y en a d’autres à la table dont vous pourrez plus facilement tirer profit. Ces autres joueurs peuvent être compétents mais s’ils n’ont pas la position sur vous, vous allez avoir la même possibilité de leur faire subir le poids de la vôtre.

L’option la plus agressive consiste à être à l’affût de toute opportunité de 3-bets pré-flop et de situations de semi-bluffs post-flop quand vous possédez une bonne équité pour que votre adversaire se couche. C’est là qu’intervient un autre élément fondamental : avoir une idée du panel de mains global de votre adversaire. Vous devez être capable de déterminer approximativement votre équité par rapport à ses mains probables ; vous devez aussi pouvoir faire des déductions en vous fondant sur les résultats possibles (combien vous perdez ou vous gagnez si vous êtes suivi et à quelle fréquence il est probable qu’il se couche).

Contre un bon joueur qui utilise la position à son avantage, ce n’est généralement pas une grosse erreur de miser et d’effectuer un 3-bet avec un fort tirage post-flop. C’est en ayant des outs et une équité pour qu’il se couche, qu’il est possible de neutraliser l’avantage de la position.

 

Yevgeniy Timoshenko : Il n’est jamais facile de combattre un joueur agressif qui utilise bien la position. Si vous subissez de nombreux 3-bets, un bon moyen de combattre un large panel qui autorise ce genre de mises, c’est d’effectuer un 4-bet avec des mains que vous auriez couchées ou avec lesquelles vous auriez suivi. Mais restez prudent, car plus les tapis sont importants, moins cela est efficace. Parfois, les joueurs agressifs ne céderont face à un 4-bet. Ils vont, soit suivre, soit surrelancer.

Le 4-bet doit donc être utilisé avec sagesse et parcimonie. Une autre option si votre adversaire surrelance avec de nombreuses mains consiste à jouer des cartes qui ont touché le flop et de suivre. Si vous suivez de nombreux 3-bets, votre adversaire aura du mal à continuer d’agir ainsi avec ses mains marginales ; cela pourrait donc le ralentir. Votre plan est de flopper une forte main et de tenir le coup. Mais si ça ne marche pas, vous pouvez toujours essayer de bluffer si vous pensez pouvoir donner l’impression sur certains tableaux d’avoir une main supérieure à celle de votre adversaire.

Le meilleur moyen d’y parvenir est d’effectuer un check-raise au flop en espérant remporter le pot immédiatement. Une option plus risquée consiste à effectuer un float hors position en espérant remporter le pot plus tard. Certes, cela peut se révéler plus périlleux. En raison de la grande agressivité des joueurs actuels, vous ne pouvez pas vous attendre à dissuader qui que ce soit de jouer des overpairs ou une main supérieure dans un pot sur-relancé. Mais si vous ratez tous les deux le flop, et que vous êtes le plus agressif, vous pourrez souvent gagner le pot si votre image à la table le permet.

 

Mohsin Charania : Riposter contre un adversaire qui utilise la position contre vous peut être délicat. Je pense que cela nécessite un peu de discipline. On peut jouer serré et attendre d’avoir une main suffisamment forte pour risquer de nombreux jetons. Dans ce cas, vous pouvez retourner l’agressivité de votre adversaire contre lui. Vous pouvez souvent checker, et il misera au pot. Vous pouvez alors effectuer un check-raise pour constituer un pot important ou un check-call hors position pour paraître très faible.

Dans ce dernier cas, vous laisserez votre adversaire bluffer alors que vous lui tendez un piège. Vous pouvez aussi tirer profit de son agressivité en l’étant encore plus que lui. Cela peut être très risqué surtout si vous êtes hors position. Je ne recommanderais cette technique qu’à des joueurs ayant atteint un très haut niveau de réflexion.

 

Propos recueillis par C.T.

Commentaires (0)Add Comment

Ecrivez un commentaire
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

security code
Entrez les caractères affichés


busy